Les normes d’exercice : un succès auprès des éducateurs

standards.jpg (21572 bytes)Les Normes d’exercice de la profession enseignante – qui définissent ce que signifie être une enseignante ou un enseignant – sont de plus en plus reconnues chez les éducatrices et éducateurs comme ressources essentielles pour orienter la discussion chez les enseignantes et enseignants sur le travail en classe et la planification de nouvelles initiatives.

de Fran Squire et Lois Browne

«Les normes retiennent l’attention. Elles semblent répondre à un besoin chez les enseignantes et enseignants. La profession se sent un peu assiégée et cet exercice permet aux gens de mieux se sentir par rapport à ce qu’ils font», affirme Kevin Gilmore, enseignant et orienteur d’Ottawa.

Les Normes d’exercice de la profession enseignante compte cinq énoncés – engagement envers les élèves et leur apprentissage, connaissances essen-tielles, exercice de la profession, leadership et communauté, ainsi que perfectionnement professionnel – et des éléments clés sur la façon qu’une enseignante ou qu’un enseignant dévoué exerce sa profession.

En 1999, bon nombre de facultés d’éducation, de conseils scolaires et d’enseignantes et d’enseignants ont été invités à incorporer les normes à de nombreuses activités comme les programmes de mentorat, de formation initiale et de perfectionnement professionnel.

Certains enseignants et enseignantes admettent avoir des réserves sur un autre nouveau document. D’autres ont exprimé leur appréhension sur l’incidence qu’il pourrait avoir sur leur charge de travail ou leur incertitude quant à son usage. Mais ces hésitations initiales ont vite fait place à l’enthousiasme. Enseignants et administrateurs ont commencé à se reconnaître et à reconnaître leur travail dans les normes, souvent en relatant des passages de leur expérience pour mettre en valeur ce qui leur importait le plus.

NORMES ET MENTORAT

Les normes ont grandement servi à l’élaboration de deux programmes de mentorat en Ontario, créés en réponse à un besoin croissant d’appui planifié et soutenu pour les débutants.

Janet Wilkinson, surintendante au Conseil scolaire de district Keewatin-Patricia, a lancé un programme de mentorat l’année dernière. «Nous ne pouvons nous permettre d’avoir un conseil scolaire comptant un grand nombre de nouveaux enseignants qui vivent leur baptême de feu sans aucun appui», dit-elle.

Son travail comme membre d’un panel d’agrément lui a donné l’idée d’utiliser les normes dans le cadre de son programme.

L’une des activités de l’atelier sur les normes consiste à demander aux mentors en formation de penser à des histoires qui illustrent ce qu’ils pourraient dire aux nouveaux venus. Par exemple, ajoute Wilkinson, l’énoncé sur les connaissances professionnelles comprend des éléments clés sur l’évaluation de l’apprentissage des élèves, sur les modes d’apprentissage des élèves et sur l’atteinte des attentes du curriculum. Un mentor pourrait décrire à un nouvel enseignant ses propres expériences de rédaction de bulletin à la fin d’une année et réaliser qu’il n’avait pas toutes les données dont il avait besoin.

«Cela précise le besoin de faire une bonne collecte de données et d’assurer une tenue de dossier précise et exhaustive tout au long de l’année. En outre, cela permet de préciser les attentes envers ce que représente un bon enseignant, ajoute Wilkinson. La force de cette méthode, c’est qu’elle élimine l’élément d’évaluation.»

ÇA NOUS APPARTIENT

Margaret Dempsey, directrice du perfectionnement professionnel au Conseil scolaire de district d’Ottawa-Carleton, se sert des normes avec un groupe d’enseignantes et d’enseignants de l’élémentaire et du secondaire qu’elle a rassemblé pour concevoir des ateliers visant à aider leurs collègues à reconnaître ce qui se fait de mieux en classe.

«Ils sont devenus le groupe-témoin qui n’en finissait plus», dit Dempsey qui avait espéré que le groupe – une combinaison d’enseignantes et d’enseignants chevronnés et débutants – se reconnaîtrait dans les normes. «J’étais persuadée de l’influence que des enseignantes et enseignants auraient en s’adressant à leurs collègues, mais pas à ce point. Je crois que chacun d’entre eux a réalisé que les normes lui appartenaient. Ce n’était pas qu’un document de l’Ordre.»

L’un de ces enseignants était Kevin Gilmore, enseignant d’histoire et orienteur à la Rideau High School à Ottawa. «J’avais vaguement entendu parler des normes, mais j’admets que je les connaissais bien mal à cette époque», dit Gilmore.

Pour lui, la partie la plus intéressante du processus était un exercice où chaque enseignant d’expérience devait relater un moment inoubliable de sa carrière en enseignement.

«Je me rappelle du jour où j’ai parlé à mes élèves de la sculpture grecque et de la forme du corps. Je m’intéressais à cette matière, mais j’ignorais si les élèves étaient intéressés. J’ai donné la définition grecque du corps humain et de la sculpture et parlé de leur façon de voir la forme humaine par rapport à notre façon de percevoir l’idéal de la forme humaine aujourd’hui. Ce qui s’est passé ensuite tient de la magie en enseignement parce que les jeunes ont embarqué bien au-delà de mes espérances, raconte Gilmore. Ils se sont mis à parler d’image corporelle, de questions d’intérêt pour les adolescents entourant l’image corporelle et de ce que la société nous dit par rapport à ce que nous devons ressembler.»

«Pour moi, ce moment précis se retrouve dans de nombreux éléments clés des normes et c’est là que ça compte. Les normes, ce sont des descripteurs des nombreuses choses que font les enseignants sans pouvoir les quantifier.»

L’ART D’ENSEIGNER

Une fois le projet terminé, le groupe a décidé de continuer les discussions sur l’exercice de l’enseignement. «Nous voulions aider nos collègues à se servir de ce document, ajoute Gilmore. Il en a résulté une série d’ateliers sur les normes pour discuter de ce que cela signifie être une enseignante ou un enseignant. Jusqu’à maintenant, une centaines d’enseignantes et d’enseignants y ont participé.»

«Nous avons tenu deux ateliers et la réaction ne peut pas être plus positive, précise Gilmore. On nous dit "Je vois vraiment ce que je fais dans mon travail en classe. Je m’étonne de tout ce que je fais." Les participants repartent de l’atelier et se sentent bien dans leur peau d’enseignante ou d’enseignant. Ces jours-ci, ça compte énormément.»

Les facultés d’éducation, responsables de former le personnel enseignant, voient aussi les normes comme un outil utile. L’an dernier, Clare Kosnik, professeure adjointe à l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario de l’Université de Toronto, a présenté les normes aux étudiants du programme de formation initiale.

«Elles leur ont permis de parler de ce qu’ils avaient besoin de faire pour devenir de meilleurs professionnels, dit Kosnik. Les normes aident à donner aux étudiants un vocabulaire pour discuter des questions de curriculum et de stratégies pédagogiques. Nous voulons qu’ils commencent à utiliser la langue des professionnels et pour moi, les normes de l’Ordre sont rédigées d’une manière qui en facilite l’usage.»

RECHERCHE-ACTION

Étudier les normes sert à renforcer les éléments du programme de formation initiale comme la recherche-action, dit Kosnik. «Dans les normes, la section sur le perfectionnement professionnel complète la recherche-action des étudiants. Nous leur disons ainsi que c’est là le type de perfectionnement professionnel auquel ils peuvent participer.»

Les normes trouvent aussi leur place dans des initiatives auxquelles participent du personnel enseignant hautement chevronné, comme l’atelier School Leadership Program du Conseil scolaire de district de Grand Erie qui prépare des personnes à occuper des rôles administratifs. À nouveau, les normes se mêlent à la recherche-action et à des récits d’expérience vécue pour aider les éducatrices et éducateurs à voir leurs propres valeurs se refléter dans leur travail quotidien.

Cheryl Black, enseignante de musique au Bradford College et bientôt directrice adjointe à Grand Erie, a participé à cet atelier l’an dernier où 20 éducatrices et éducateurs se sont servi des normes pour examiner leur façon de travailler.

Black dit qu’avant cet exercice «je crois que je tenais mes valeurs pour acquises». Ici, comme pour d’autres projets se servant des normes, les récits d’expérience vécue sont essentiels.

Son récit nous entraîne dans sa classe de musique vocale où elle avait remarqué que ses élèves travaillaient plus fort et se lançaient des défis. Quand elle leur a demandé pourquoi, un garçon de 9e année lui répondit : «C’est parce que vous nous avez fait croire que nous pouvions le faire.»

Les élèves lui ont dit à quel point elle savait les écouter, et accepter la critique constructive et l’ont remerciée d’avoir adopté une philosophie où les élèves sont des individus respectés et reconnus, soit toutes des valeurs qui se reflètent dans les normes.

Les participants à l’atelier avaient en commun les questions de leadership en examinant leur propre image par rapport aux normes, mais aussi en tentant de savoir comment elles pouvaient inspirer et influencer les autres. Ils ont parlé de créer des activités de perfectionnement professionnel en fonction d’objectifs précis, ce qui est un élément des normes, et ils ont compris le lien entre cet aspect et l’engagement envers les élèves et leur apprentissage.

Pour ces participants, le leadership crée une culture où les collègues s’entraident, où il existe un équilibre entre le personnel chevronné et débutant et où les attentes sont clairement établies. Tous ces éléments font partie d’une culture du leadership décrite dans les normes.

LES NORMES MISES EN PRATIQUE

Il a fallu bien des mois de travail de la part de nombreux membres du personnel de l’Ordre et la participation de centaines d’éducatrices et d’éducateurs de partout en Ontario pour en arriver à une première ébauche des Normes d’exercice de la profession enseignante. Ensuite, l’Ordre recevait une quantité de commentaires sur ce document par courriel à la suite de présentations ou de mémoires envoyés par les partenaires en éducation.

«Ce que nous n’avions pas, dit Fran Squire de l’Unité des normes d’exercice de la profession et d’éducation, c’était de l’information supplémentaire sur la façon dont on se servirait des normes dans le travail quotidien des enseignantes et enseignants.»

L’Ordre a lancé un projet de collecte de données sur cet aspect en faisant des études de cas où on invitait les éducatrices et éducateurs à divers projets visant à incorporer les normes à leurs processus.

Squire et son collègue, Allan Craig, ont mis sur pied six études de cas, dont ils ont assuré le suivi, et deux d’entre elles – celle du Conseil scolaire de district d’Ottawa-Carleton et celle du Conseil scolaire de district Keewatin-Patricia – nécessitaient la participation de mentors et d’enseignants débutants. Squire et Craig ont aussi mené des études de cas auxquelles ont participé Lorayne Robertson, superviseure, Judy Arnold, directrice d’école au Conseil scolaire de district de Thames Valley, Jerry Popp, coordonnateur des stages et du programme consécutif à la faculté d’éducation de l’Université York, Jackie Delong, surintendante au Conseil scolaire de district de Grand Erie, ainsi que des enseignantes et enseignants-ressources du Conseil scolaire de district de Peel.

«Je voulais savoir comment ce document pouvait être mis en pratique, ajoute Squire. Une liste d’attributs sur papier ne peut saisir l’art et la passion de l’enseignement. On n’y parvient seulement qu’en mettant en commun ses expériences vécues, de là toute la force des études de cas.»

Squire croit que les normes sont de plus en plus acceptées dans le système scolaire et que les enseignantes et enseignants se les approprient. «Les éducateurs commencent maintenant à comprendre que ce document n’a pas été imposé de l’extérieur. Il a été élaboré par des enseignants et pour des enseignants. Aussi, il servira de descripteurs de l’enseignement, de fondements de la formation initiale et du perfectionnement professionnel et d’outils pour appuyer la croissance professionnelle.»

Les études de cas citées dans le présent article ont été présentées par le personnel de l’Unité des normes d’exercice de la profession et d’éducation à deux conférences récentes sur l’éducation – l’American Educational Research Association Conference, en avril, et la Canadian Society for Studies in Education, en mai. Les études de cas sont à la bibliothèque de l’Ordre; vous pouvez en obtenir une copie – en anglais – en communiquant avec la Division des questions professionnelles à Sandra Bodnarchuk au 416-961-8800, poste 859, ou sans frais en Ontario au 1-888-534-2222, poste 859.