de Wendy Harris Pour la plupart dentre nous, il ny a quune chose à faire quand lenvie nous prend de déguster une délicieuse pizza. On prend le téléphone, on compose un numéro, on récite nos garnitures préférées, on attend une trentaine de minutes sinon cest gratuit on remet largent au charmant livreur, on ouvre la boîte et on mord à belles dents dans notre pizza. Mmmmm! Ça, cest la façon rapide et urbaine de faire les choses. Mais comme lont appris des milliers denfants de 4e, 5e et 6e année dans les champs dun agriculteur du comté de Wellington pendant quelques journées ensoleillées de la mi-septembre, il y a une autre façon darriver au même résultat. Oubliez le téléphone. Cette façon est beaucoup plus lente et plus rurale. Elle commence par la création des ingrédients de base à partir de zéro. On fait pousser le blé, on le moud pour en faire de la farine et de la pâte; on trait la vache ou la chèvre pour faire du fromage; on fait pousser des tomates, des poivrons verts, des oignons, de lorigan et du basilic; on élève des animaux, on les abat, on passe la viande au moulin pour en faire du pepperoni. Ensuite, on assemble les ingrédients et on place le tout au four. Temps écoulé : environ deux ans... sinon cest gratuit! LE PROJET PIZZA Blague à part, pour de nombreux enfants, la visite au Wedge of Wellington (WOW) Pizza Project leur a ouvert les yeux sur tout ce qui entre dans la préparation de leur repas préféré. Grâce au dévouement de June Switzer, enseignante de design et de technologie en 7e et 8e année à la Erin Public School, et à une véritable petite armée de bénévoles, les élèves ont pu passer une journée à explorer lorigine des ingrédients de leur pizza et, par extension, les industries de la production agricole et du traitement des aliments, qui sont à larrière-plan de toutes nos sorties au supermarché. «Nous vivons si loin de la terre, explique Switzer. Quand vous demandez à un enfant ce quil mange, il est incapable de répondre. Cest la même chose pour ses parents. Même les enfants qui habitent une ferme ne connaissent souvent que leur propre spécialité.» Switzer connaît lagriculture de première main. Elle a grandi sur une ferme laitière et, avec son époux, elle dirige maintenant une ferme délevage de bétail. Elle connaît bien leffort, la planification, la science et la réflexion qui entrent dans la création des aliments. Elle sait aussi à quel point la société tient pour acquis la production daliments frais, sains et abondants. «Moins de trois pour 100 de la population habitent sur des terres agricoles qui, pourtant, produisent de 90 à 95 pour 100 des aliments que nous consommons en Ontario», explique-t-elle. Switzer veut nous sensibiliser à tout ce que fait ce trois pour 100 de la population. Vu que, comme enseignante, le milieu dans lequel Switzer évolue depuis 30 ans cest la salle de classe, cest là quelle a décidé de concentrer ses efforts. «Il y a tant de renseignements erronés que jai décidé de faire la lumière sur le sujet pour les enfants.» UN RÉSEAU DE VOISINS BÉNÉVOLES Cette ignorance générale au sujet de la nourriture a inspiré Marg Aitken, qui travaille à faire connaître le milieu de lagriculture, à se joindre à Switzer il y a quatre ans pour élaborer le WOW Pizza Project. Depuis, la passion et lengagement des deux femmes leur ont permis de créer un réseau de soutien avec leurs voisins du comté de Wellington et avec des entreprises alimentaires et agricoles de partout en Ontario. «Nous voulions actualiser lexcursion à la ferme et la rendre plus pertinente pour les enfants, explique Aitken, en soulignant que lexpérience cadre davantage avec le nouveau curriculum de lOntario en raison des nombreux rapprochements avec les sciences, la technologie, la santé, la langue, les arts visuels et même les mathématiques. «La pizza est laliment parfait pour illustrer, dans un milieu amusant et éducatif, la diversité de lagriculture.» Pendant les trois premières années, le projet a été commandité par le centre de recherche de lUniversité de Guelph. Cette année, il la été en conjonction avec le International Plowing Match and Farm Machinery Show. Parce que le projet WOW ne peut accueillir que 2 400 élèves du cycle moyen, les organisateurs ont aussi élaboré un guide éducatif comprenant des visites autoguidées et des suggestions dactivités pour chaque année du curriculum. Vu de lextérieur, le projet WOW ressemble à dénormes tentes dressées dans des champs de verdure à peine une heure et demie à louest de Toronto. Les autobus scolaires arrivent les uns après les autres dans un terrain de stationnement improvisé. Les élèves sont ravis de pouvoir enfin sortir de lautobus pour commencer leur exploration. Une fois quils sont répartis en groupes, les élèves partent à la découverte de la traite, de lélevage ou bien de lADN. Dautres commencent au commencement, cest-à-dire avec les semences. «Quelle est la première chose quil nous faut pour faire une pizza?», demande Beverlie Nelson, suppléante à lécole secondaire qui offre son temps et son énergie considérable pour apprendre aux enfants ce quon cultive dans le comté de Wellington. «Pensez à ce qui vient avant même la farine et la pâte, dit-elle à la classe de 4e année qui lentoure. Cest ça, il faut une plante. Et pour faire pousser une plante, il faut une graine.» LE MAÏS, UN ALIMENT POLYVALENT Les enfants apprennent quelles céréales sont cultivées dans la région et ce quon peut en faire. Plusieurs sont étonnés de constater la polyvalence du maïs qui se retrouve dans environ le quart des articles achetés au supermarché et dans une gamme dautres produits. Les élèves passent ensuite à une autre station où ils apprennent comment moudre le blé pour en faire de la farine et comment la levure agit pour faire lever la pâte. Au détour du chemin, ils réalisent des expériences avec des oignons, du savon à vaisselle, de lalcool à friction, du sel et des éprouvettes pour apprendre comment séparer lADN des oignons. En cours de route, ils apprennent que lADN est dans tous les organismes vivants. Ils apprennent aussi des choses fascinantes comme le fait que les brins dADN contenu dans les aliments consommés par une personne en une journée feraient le tour du monde trois fois. Au tour ensuite de Krista Breen, mère à plein temps qui possède un grade en agriculture et qui renseigne les élèves sur les pesticides. Breen demande à une personne de se porter volontaire pour revêtir la combinaison darrosage. Elle remet à Chris Bailey de lAlma Public School une combinaison blanche imperméable et résistante aux produits chimiques, des bottes de caoutchouc et des gants, des lunettes de sécurité et un respirateur, quil revêt au grand bonheur de ses camarades. Breen explique que même si les pesticides utilisés sont parfaitement sécuritaires et sont à base de matières organiques, la combinaison permet à la personne qui est exposée aux pesticides en aérosol pendant une période prolongée de se sentir aussi bien au début quà la fin de la journée. DU FROMAGE SIL VOUS PLAÎT Dans la tente suivante, les enfants explorent les garnitures de leur pizza. On leur présente Marie, la vache laitière, son veau et plusieurs sortes de chèvres, petites et grandes. Les élèves apprennent comment traire un animal, ce quest la pasteurisation et comment on fabrique du fromage. Ensuite, ils explorent la production de viande. Après avoir rencontré une vache Hereford nommée Tragically Hip et son veau, ainsi quune truie et ses huit porcelets, les enfants contournent labattoir et se rendent directement à la boucherie où ils apprennent comment on fabrique la saucisse et le pepperoni. Enfin, les élèves se renseignent sur les produits dérivés de la viande. On utilise la moitié de lanimal pour obtenir de la viande et 99 pour 100 de lautre moitié pour fabriquer plein dautres choses comme de la gomme à mâcher, des touches de piano, de la guimauve et de la porcelaine. «La seule partie de lanimal que nous nutilisons pas, cest son beuglement», leur dit-on. Carolynne Waddell, enseignante de 6e année à la Erin Public School, est ravie de voir ses élèves se familiariser avec les pratiques agricoles en Ontario. «Ici, les enfants sont entourés dagriculture, mais ils ne sen rendent pas compte, explique-t-elle. Moi, je veux quils en prennent conscience. Je veux quils comprennent le processus de la terre à la table.» Après avoir passé la journée à apprendre des choses sur la terre et les produits de la terre en Ontario, les enfants quittent la ferme avec leur souper : un petit sac rempli de farine, de levure, de sauce tomate, de fines herbes, de fromage et de pepperoni, soit tout ce quil leur faut pour préparer une pizza maison. Elle ne sera pas prête à manger en 30 minutes, mais cela ne prendra pas deux ans non plus! Pour en savoir plus sur le Wedge of Wellington Pizza Project, communiquez avec June Switzer à jswitzer@sentex.net |
||