Le départ à la retraite d’un nombre massif d’enseignants se poursuivra jusqu’en 2010 

Encore dix ans de problèmes de recrutement en perspective

 

de Frank McIntyre

En décembre 1998, l’Ordre sonnait l’alarme en soulignant que 45 pour 100 des enseignantes et enseignants alors en poste parviendraient à l’âge de la retraite avant 2008. Or, la dernière étude de l’Ordre démontre que malgré une vague massive de départs, la profession demeure tout aussi vulnérable aux départs à la retraite qu’il y a deux ans. En effet, un enseignant sur quatre en Ontario prendra sa retraite d’ici 2005, et 45 pour 100 le feront d’ici 2010.

Le départ à la retraite de 15 500 membres au cours des deux dernières années ne représente que le début du remplacement effréné d’une génération complète d’enseignantes et d’enseignants. La dernière étude de l’Ordre montre en effet que plus d’enseignantes et d’enseignants prendront leur retraite en 2002 qu’au moment de l’ouverture en 1998 de la fenêtre de préretraite avec le facteur 85.

L’expérience de 1998, où plus de 10 000 enseignantes et enseignants ont pris leur retraite, nous montre que bien des gens choisissent la préretraite. Dans deux ans, la réserve d’anciens diplômés ontariens, d’anciens enseignants et enseignantes et suppléants dont disposent les conseils scolaires de la province sera épuisée. Dans bien des régions et bien des matières, les conseils auront de la difficulté à recruter du personnel.

Au cours des deux dernières années, un groupe d’anciens enseignants et enseignantes et de diplômés récents ont réintégré la profession pour remplacer les retraités dans l’ensemble de la province. En outre, un grand nombre d’enseignantes et enseignants suppléants ont accepté des postes permanents. La plupart des diplômés des facultés d’éducation de 1998 et 1999 ont commencé à travailler immédiatement, et des milliers d’autres sont venus d’autres provinces et de l’étranger. Cependant, cette réserve s’épuise progressivement.

L’EXODE SE POURSUIVRA

Outre l’étude sans précédent de l’Ordre sur les départs à la retraite des enseignantes et enseignants, le tableau de l’Ordre montre qu’en 2000, le groupe d’enseignantes et d’enseignants en voie de prendre leur retraite demeure à un nombre record et ce, malgré l’exode qui s’est produit au cours des deux dernières années. Parmi les enseignantes et enseignants en Ontario, plus de 46 000 prendront probablement leur retraite d’ici 2005, et 78 000 d’ici 2010.

La vague d’embauches des années 60 continue d’alimenter le nombre record de retraités. Les 47 à 54 ans sont beaucoup plus nombreux que ceux qui les ont précédés et suivis dans la profession. Le tableau de l’Ordre révèle que ce groupe, où l’on relève la plupart des départs, est plus nombreux de 3 000 à chaque groupe d’âge que les jeunes de 26 à 46 ans.

Vers 2010, les personnes qui sont maintenant au milieu de la quarantaine composeront le groupe principal d’enseignantes et d’enseignants qui prendront leur retraite, et l’exode annuel sera alors considérablement réduit.

D’après les prévisions, environ 9 200 enseignantes et enseignants devraient prendre leur retraite chaque année de 2001 à 2005. Les cinq années suivantes, de 2006 à 2010, le nombre de départs baisserait pour s’établir à 6 400 par année. Pour 2011 à 2015, on prévoit 4 300 départs par année, ce qui reflète le faible taux d’embauche des années 70.

À L’ÉCHELLE PROVINCIALE, À L’ÉLÉMENTAIRE ET AU SECONDAIRE

Le taux élevé de retraite se maintiendra pendant toute la décennie, dans toutes les régions de l’Ontario. Jusqu’en 2005, les pertes de personnel s’échelonneront entre 26 pour 100 dans le sud-ouest de l’Ontario et 29 pour 100 à Toronto.

Le taux de retraite des enseignantes et enseignants de langue française est légèrement inférieur à celui du personnel de langue anglaise, mais les conseils scolaires des deux langues devront mener sans relâche des campagnes de recrutement et orienter un grand nombre de nouveaux enseignants et enseignantes tout au long de la décennie. Vingt et un pour 100 des enseignantes et enseignants de langue française prendront leur retraite d’ici 2005 et 40 pour 100 d’ici 2010, des taux inférieurs de six points seulement à ceux du personnel de langue anglaise.

Les enseignantes et enseignants des paliers élémentaire et secondaire connaîtront un taux de retraite élevé au cours des périodes de cinq ans et de dix ans étudiées. Ainsi, 31 pour 100 des enseignantes et enseignants des cycles primaire-moyen et 27 pour 100 de ceux des cycles intermédiaire-supérieur prendront leur retraite d’ici 2005. D’ici 2010, ce sera le cas de 54 pour 100 de ceux des cycles primaire-moyen et de 47 pour 100 de ceux des cycles intermédiaire-supérieur. La plupart des enseignantes et enseignants aux cycles moyen-intermédiaire ne prendront pas leur retraite d’ici 2010, car cette qualification est relativement nouvelle.

L’HOMME EN VOIE DE DISPARITION

Des rapports antérieurs de l’Ordre signalaient une baisse progressive de la proportion d’hommes au sein du personnel enseignant de la province. Cette tendance est maintenant confirmée; on trouve de moins en moins d’hommes parmi les nouveaux enseignants des écoles élémentaires et secondaires. Plus le groupe d’âge est jeune, plus la proportion d’hommes est faible. Un enseignant sur quatre de 55 ans et plus des cycles primaire-moyen est un homme; chez le personnel enseignant de moins de 30 ans, cette proportion n’est que d’un sur huit.

Il en va de même des enseignants des cycles intermédiaire-supérieur, ce qui est d’autant plus frappant qu’autrefois, les hommes composaient la majorité du personnel enseignant au secondaire. La plupart des membres du personnel enseignant aux cycles intermédiaire-supérieur âgés de 55 ans et plus sont des hommes, soit 57 pour 100. Par contre, cette proportion n’est plus que de 30 pour 100 chez les moins de 30 ans. Une tendance semblable a été relevée aux cycles moyen-intermédiaire.

On remarque la même tendance dans les matières considérées généralement comme étant à prédominance masculine. Trois enseignants d’expérience sur quatre en mathématiques ou en sciences sont des hommes. Chez les moins de 30 ans, par contre, les hommes ne sont plus qu’un sur trois. Même chose en informatique où moins de la moitié des jeunes enseignants sont des hommes.

ROULEMENT DES DIRIGEANTS

Plus de trois enseignantes et enseignants sur quatre qui détiennent la qualification de directrice ou de directeur d’école prendront leur retraite d’ici 2010. La grande majorité d’entre eux sont âgés de 50 ans ou plus. Le tableau de l’Ordre montre que 25 pour 100 sont âgés de 55 ans et plus et 65 pour 100 de 50 ans et plus. Pas plus de 16 pour 100 d’entre eux ont moins de 45 ans.

On compte également de plus en plus de femmes parmi ce groupe. La moitié des personnes qualifiées pour occuper un poste à la direction d’une école sont des femmes; c’est le cas de 60 pour 100 des membres de l’Ordre de moins de 50 ans. Dans un avenir prévisible, la plupart des personnes détenant la qualification de directrice ou de directeur d’école en Ontario seront des femmes.

Frank McIntyre est conseiller en ressources humaines à l’Ordre. On peut le joindre à fmcintyre@oct.ca

Une nouvelle entente donne à la profession l’accès à de meilleures données

Pour la toute première fois, l’Ordre peut comparer l’information du régime de retraite des enseignantes et enseignants sur l’emploi et l’admissibilité à la retraite avec les dossiers de qualifications des membres de l’Ordre afin de déterminer les conseils scolaires et régions qui seront les plus touchés par les départs à la retraite.

L’Ordre, le ministère de l’Éducation et la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’Ontario se sont entendus au début de l’an 2000 pour lancer un projet pilote de fusion des données sur les qualifications des membres de l’Ordre à celles du Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l’Ontario. Un protocole officiel protège la vie privée de chaque personne concernée dans le processus de mise en commun des données.

En se servant des facteurs réels âge-plus-années de service et d’une version simplifiée du modèle actuariel du régime de retraite sur les prévisions de départs à la retraite, l’Ordre a déterminé que 23 pour 100 des quelque 140 000 enseignantes et enseignants à l’emploi d’un employeur reconnu par le régime en 1999 (l’étude a exclu ceux qui en étaient à leur première année) avaient déjà pris leur retraite ou le feront d’ici 2005. En outre, 17 pour 100 le feront d’ici 2010. En tout, quatre enseignants d’expérience sur dix quitteront la profession au cours de la prochaine décennie.

Ce modèle correspond aux études menées par l’Ordre.

Les taux les plus élevés de départ à la retraite se trouvent dans les conseils scolaires du nord de l’Ontario et dans les conseils public et catholique de Toronto. Avec un taux de retraite de 26 pour 100 d’ici 2005, le nord de l’Ontario présente une population enseignante considérablement plus âgée que celle du centre de l’Ontario où seulement 19 pour 100 auront pris leur retraite d’ici cinq ans.

Pourtant, le taux de retraite moins élevé du centre de l’Ontario n’offre que peu de réconfort aux responsables de l’embauche des conseils scolaires des environs de Toronto.

À l’échelle provinciale, Toronto suit la voie du nord de l’Ontario avec 24 pour 100 de départs à la retraite d’ici 2005, le nord-ouest avec 23 pour 100, l’est et le sud-ouest avec 22 pour cent et enfin, le centre-sud la région la plus jeune – avec 19 pour 100 de départs d’ici 2005.

Les titulaires de la qualification primaire-moyen composent le groupe le plus près de la retraite. D’ici 2005, 26 pour 100 de la population enseignante d’expérience de 1999 auront pris leur retraite et un autre 19 pour 100 devraient en faire autant d’ici 2010.

Un examen du type de conseil scolaire montre que les conseils publics de langue anglaise mènent le bal avec 25 pour 100 de leur personnel devant prendre leur retraite d’ici 2005 et 41 pour 100 en tout d’ici 2010. Les conseils catholiques de langue française suivent avec 22 pour 100 et 37 pour 100, respectivement. On note un profil d’âge moins élevé dans les conseils catholiques de langue anglaise à 19 pour 100 et 35 pour 100 de retraite. Les conseils publics de langue française présentent les taux de départs à la retraite les moins élevés avec 16 pour 100 d’ici 2005 et 31 pour 100 d’ici 2010.

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